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04 août 2010

quote (5)

Bela Lugosi : Karloff ? Sidekick ? FUCK YOU ! Karloff did not deserve to smell my shit ! That limey cocksucker can rot in Hell for all I care !

Edward D. Wood, Jr. : What happened ?

B. L. : How dare that asshole bring up Karloff ? You think it takes talent to do Frankenstein ? It's all makeup and grunting.

E. W. : Bela, I agree with you 100%. Now, Dracula, that's a role that requires talent.

B. L. : Of course. Dracula requires presence. It's all in the eyes, and the voice, and the hands...

E. W. : ...That's right. That's right. You seem a little agitated. You wanna to go outside and get some air ?

B. L. : Bullshit ! I'm ready now ! Roll the camera !




06 avril 2010

Ridiculus sum


« Nous étions à l’étude, quand le Proviseur entra, suivi d’un nouveau habillé en bourgeois et d’un garçon de classe qui portait un grand pupitre. Ceux qui dormaient se réveillèrent, et chacun se leva comme surpris dans son travail.

Le Proviseur nous fit signe de nous rasseoir ; puis, se tournant vers le maître d’études :

— Monsieur Roger, lui dit-il à demi-voix, voici un élève que je vous recommande, il entre en cinquième. Si son travail et sa conduite sont méritoires, il passera dans les grands, où l’appelle son âge.

Resté dans l’angle, derrière la porte, si bien qu’on l’apercevait à peine, le nouveau était un gars de la campagne, d’une quinzaine d’années environ, et plus haut de taille qu’aucun de nous tous. Il avait les cheveux coupés droit sur le front, comme un chantre de village, l’air raisonnable et fort embarrassé. Quoiqu’il ne fût pas large des épaules, son habit-veste de drap vert à boutons noirs devait le gêner aux entournures et laissait voir, par la fente des parements, des poignets rouges habitués à être nus. Ses jambes, en bas bleus, sortaient d’un pantalon jaunâtre très tiré par les bretelles. Il était chaussé de souliers forts, mal cirés, garnis de clous.

On commença la récitation des leçons. Il les écouta de toutes ses oreilles, attentif comme au sermon, n’osant même croiser les cuisses, ni s’appuyer sur le coude, et, à deux heures, quand la cloche sonna, le maître d’études fut obligé de l’avertir, pour qu’il se mît avec nous dans les rangs.

Nous avions l’habitude, en entrant en classe, de jeter nos casquettes par terre, afin d’avoir ensuite nos mains plus libres ; il fallait, dès le seuil de la porte, les lancer sous le banc, de façon à frapper contre la muraille en faisant beaucoup de poussière ; c’était là le genre.

Mais, soit qu’il n’eût pas remarqué cette manœuvre ou qu’il n’eut osé s’y soumettre, la prière était finie que le nouveau tenait encore sa casquette sur ses deux genoux. C’était une de ces coiffures d’ordre composite, où l’on retrouve les éléments du bonnet à poil, du chapska, du chapeau rond, de la casquette de loutre et du bonnet de coton, une de ces pauvres choses, enfin, dont la laideur muette a des profondeurs d’expression comme le visage d’un imbécile. Ovoïde et renflée de baleines, elle commençait par trois boudins circulaires ; puis s’alternaient, séparés par une bande rouge, des losanges de velours et de poils de lapin ; venait ensuite une façon de sac qui se terminait par un polygone cartonné, couvert d’une broderie en soutache compliquée, et d’où pendait, au bout d’un long cordon trop mince, un petit croisillon de fils d’or, en manière de gland. Elle était neuve ; la visière brillait.

— Levez-vous, dit le professeur.

Il se leva ; sa casquette tomba. Toute la classe se mit à rire.

Il se baissa pour la reprendre. Un voisin la fit tomber d’un coup de coude, il la ramassa encore une fois.

— Débarrassez-vous donc de votre casque, dit le professeur, qui était un homme d’esprit.

Il y eut un rire éclatant des écoliers qui décontenança le pauvre garçon, si bien qu’il ne savait s’il fallait garder sa casquette à la main, la laisser par terre ou la mettre sur sa tête. Il se rassit et la posa sur ses genoux.

— Levez-vous, reprit le professeur, et dites-moi votre nom.

Le nouveau articula, d’une voix bredouillante, un nom inintelligible.

— Répétez !

Le même bredouillement de syllabes se fit entendre, couvert par les huées de la classe.

— Plus haut ! cria le maître, plus haut !

Le nouveau, prenant alors une résolution extrême, ouvrit une bouche démesurée et lança à pleins poumons, comme pour appeler quelqu’un, ce mot : Charbovari.

Ce fut un vacarme qui s’élança d’un bond, monta en crescendo, avec des éclats de voix aigus (on hurlait, on aboyait, on trépignait, on répétait : Charbovari ! Charbovari !), puis qui roula en notes isolées, se calmant à grand-peine, et parfois qui reprenait tout à coup sur la ligne d’un banc où saillissait encore çà et là, comme un pétard mal éteint, quelque rire étouffé.

Cependant, sous la pluie des pensums, l’ordre peu à peu se rétablit dans la classe, et le professeur, parvenu à saisir le nom de Charles Bovary, se l’étant fait dicter, épeler et relire, commanda tout de suite au pauvre diable d’aller s’asseoir sur le banc de paresse, au pied de la chaire. Il se mit en mouvement, mais, avant de partir, hésita.

— Que cherchez-vous ? demanda le professeur.

— Ma cas…, fit timidement le nouveau, promenant autour de lui des regards inquiets.

Cinq cents vers à toute la classe ! exclamé d’une voix furieuse, arrêta, comme le Quos ego, une bourrasque nouvelle. – Restez donc tranquilles ! continuait le professeur indigné, et s’essuyant le front avec son mouchoir qu’il venait de prendre dans sa toque : Quant à vous, le nouveau, vous me copierez vingt fois le verbe ridiculus sum. »

Gustave Flaubert, Madame Bovary, 1857


16 février 2010

quote (4)

« The town will never be the same. After the Tangiers, the big corporations took it all over. Today it looks like Disneyland. And while the kids play cardboard pirates, Mommy and Daddy drop the house payments and Junior's college money on the poker slots.

In the old days, dealers knew your name, what you drank, what you played. Today, it's like checkin' into an airport. And if you order room service, you're lucky if you get it by Thursday. Today, it's all gone. You get a whale show up with four million in a suitcase, and some twenty-five-year-old hotel school kid is gonna want his Social Security Number. After the Teamsters got knocked out of the box, the corporations tore down practically every one of the old casinos.

And where did the money come from to rebuild the pyramids ? Junk bonds. But in the end, I wound up right back where I started. I could still pick winners, and I could still make money for all kinds of people back home.

And why mess up a good thing ? »


09 février 2010

quote (3)

Vincent Hanna: You know, we are sitting here, you and I, like a couple of regular fellas. You do what you do, and I do what I gotta do. And now that we've been face to face, if I'm there and I gotta put you away, I won't like it. But I tell you, if it's between you and some poor bastard whose wife you're gonna turn into a widow, brother, you are going down.

Neil McCauley: There is a flip side to that coin. What if you do got me boxed in and I gotta put you down? Cause no matter what, you will not get in my way. We've been face to face, yeah. But I will not hesitate. Not for a second.


20 janvier 2010

quote (2)

« Everything a lie. Everything you hear, everything you see.

So much to spew out.

They just keep coming, one after another. You're in a box. A moving box. They want you dead, or in their lie... There's only one thing a man can do - find something that's his, and make an island for himself.

If I never meet you in this life, let me feel the lack ; a glance from your eyes, and my life will be yours. »



15 janvier 2010

quote (1)

« Sorry boys, all the stitches in the world can't sew me together again.

Lay down... lay down.

Gonna stretch me out in Fernandez funeral home on Hun and Ninth street. Always knew I'd make a stop there, but a lot later than a whole gang of people thought... Last of the Moh-Ricans... well maybe not the last.

Gail's gonna be a good mom... New improved Carlito Brigante... Hope she uses the money to get out. No room in this city for big hearts like hers... Sorry baby, I tried the best I could, honest... Can't come with me on this trip, Loaf.

Getting the shakes now, last call for drinks, bars closing down... Sun's out, where are we going for breakfast ? Don't wanna go far. Rough night, tired baby... Tired... »




23 juin 2009

Profils Paysans (Chapitre I - l'approche)


Sentir l’odeur du foin de ces journées de juin. Ces herbes hautes qui structurent un paysage qui se trouve modifié brutalement. L'attente de quelques mois fauchée en quelques heures, pour prévoir l'hiver, nourrir les bêtes, et recommencer le cycle des saisons. La peur de la météo, de ne pas avoir choisit le bon moment pour faucher et pour endainer. Il pleut parfois sur l'herbe sèche, on ne peut pas toujours prévoir les caprices de la pluie dans les paysages verdoyants. Passés l'énervement et la déception, il faut recommencer, s'accrocher, ne pas tout laisser partir à vaut l'eau, être patient. Ce sont quelques journées de perdues, mais demain il fera beau et l'on pourra botteler.


Les ballots parfois lourds, surtout les premiers quand la botteleuse n'est pas encore réglée.
Les bras souffrent d'abord, quand il faut les charger dans la remorque, mais il y a l'apprentissage de la conduite du tracteur, on se sent fier dans la cabine qui n'est pas climatisée. Le ruissellement chaud entre les omoplates, le t-shirt parfois enlevé révélant un bronzage encore partiel des avant-bras et les brindilles qui viennent se mêler à la sueur acre.
Les mains et les cals souffrent ensuite, de les porter à bout de bras à la fourche dans le grenier, mais on ne se plaint pas, on pense à ceux, qui sous la chaleur des tuiles et dans la poussière, les tassent de manière efficace en s'écorchant les doigts sur les ficelles.


Et les soirées légères, ces rafraichissements pris juste après qui ont un meilleur goût que l'eau chauffée sous le soleil de la fin d'après midi. Le dîner dans le jardin peu de temps après, souvent tous ensemble, le temps de retrouver une apparence convenable après une douche. La fête de la musique parfois, malgré la fatigue et les courbatures.

...

Le mois de juin dans la douceur qui suit le labeur, la satisfaction d'agir pour l'après. Ce moment nécessaire pour que les saisons puissent suivre leur cours.

17 mai 2009

Aimer, Paris, Mai

"Le rossignol alors s'efforce
De chanter et mener grand bruit.
Lors s'en donne à coeur joie aussi
le perroquet, et l'alouette.
Il faut que jeunesse se mette
A être gaie et amoureuse:
C'est la saison belle et heureuse.
Qui n'aime en mai a l'âme dure,
Quand il entend, sous la ramure,
Des oiseaux les doux chants piteux"

Guillaume de Lorris - Le Roman de la Rose
(Le printemps)


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La lutte continue...

[Soundtrack]
  • Paris Mai, Claude Nougaro (Paris Mai, octobre 1968)

15 mars 2009

Je t'ai manqué

Noël 1998. C’était il y a 10 ans, l’année de la sortie de Fantaisie Militaire que l’on s’était empressé de m’offrir. Ce visage moqueur au milieu du vert des lentilles d’eau. Quelque chose d’inquiétant et de rassurant, de beau.

Et puis l’Imprudence quelques noëls plus tard, cet album sombre mais magnifique, celui des films en noir et blanc, celui de la figure intrigante, seule avec son grand manteau.



J'ai du rêver trop fort

Pour ne pas connaître la crise

Je n’ai jamais vu le Vercors

Et je t’ai un peu haï tant de nuits

Pourtant le bleu du pétrole n’est pas une souffrance. Il m’a accompagné comme un retour à l’enfance, entre avril et septembre l’année dernière, et est devenu un peu plus difficile à écouter après le concert de la fête de l’huma. Le visage creusé, une tristesse, celle des mots et celle de voir, de ressentir. Le bleu du pétrole reste sur une frustration, mais il a été là et il continue à être, bien que tu aies eu envie de dire « Yé n'en pé plou. »

« Je serai toujours cet étranger
Au regard sombre
Un rebel dans vos villes de contraste »

01 mai 2008

1er Mai

« Tant qu’il pense il se tient hors du bocal et regarde les poissons qui y tournent en rond. Mais comme il faut bien vivre, il se retrouve dans le bocal, poisson lui-même, pour décider quel candidat aura sa voix aux élections prochaines (sans donner pour autant valeur de vérité à sa décision).

Le sceptique est à la fois observateur, hors du bocal qu’il révoque en doute, et un des poissons rouges. Dédoublement qui n’a rien de tragique. »

Paul VEYNE, Foucault, sa pensée, sa personne, Paris, Albin Michel, 2008

_______________


Pour ma part j’ai plutôt vécu ce premier mai comme un chat. Le chat de Chris Marker, signe de ralliement, des Sans-Papiers aux anarchistes, qui s’est promené sur mon épaule avant d’aller retrouver ses amis sur la statue de la Nation


- Et qu’est-ce que ça symbolise ?

- Et bien un chat… !!!

[…]

- Je vous en donne 10 euros

- Je ne peux pas vous le vendre ! Au pire je vous le donne…!

[Soundtrack]

NB : Promis bientôt une vraie note…


24 février 2008

Sans titre (6)

« Ce sont mes confessions, et si je ne dis rien,
c’est que je n’ai rien à dire. »

Fernando Pessoa, Le Livre de l’intranquillité


18 février 2008

Carnet

Il y a des nouvelles qui touchent plus que d'autres.
D'un été sur France Culture, de La Jalousie au nouveau Roman, Alain Robbe Grillet nous laisse L'année dernière à Marienbad...


« La fonction de l'art n'est jamais d'illustrer une vérité, ou même une interrogation. Elles est de mettre au monde des interrogations, qui ne se connaissent pas encore elles-mêmes. »

12 août 2007

Questionnaire Littéraire

Quatre livres de ma jeunesse :

Ça va être difficile de faire un choix. Je remarque que beaucoup de monde a lu les livres des bibliothèques Verte ou Rose, c’est quelque chose qui m’est inconnu.

1. Jack London, j’adorais. Je ne saurais lequel choisir, d’autant plus qu’aujourd’hui je les confonds un peu. Peut être serait-ce L'Appel sauvage, c’est le premier que j’ai lu lorsque j’étais en classe de neige en CE1.

2. Les Trois mousquetaires d’Alexandre Dumas, je l’avais emprunté à la bibliothèque de l’école, il était recouvert de papier kraft marron et il sentait la poussière. Il fallait inscrire son nom dans un cahier où étaient répertoriés à l’encre noir d’une écriture de pleins et de déliés les noms de tous les livres qui s’y trouvaient. Ça m’a tellement plu qu j’ai emprunté ensuite Vingt ans après.

3. Le poney Rouge de John Steinbeck, si je ne devais en garder qu’un ce serait celui là et je le conseille à tous ceux qui ne l’ont pas lu… J’ai lu ensuite d’autres Steinbeck - Des souris et des hommes et Les raisins de la colère - mais je crois que malgré les films de Lewis Milestone et de John Ford, rien n’a pu surpasser le premier que j’ai lu.

4. Où s’arrête l’enfance ? Si l’on élargit à l’adolescence je rajouterai La bicyclette bleue de Régine Deforges….J’assume parfaitement ce choix, je l’ai lu à 12 ans et les nombreux passages « érotiques » et « historiques » ont éveillé mon émoi de jeune adolescent.

Quatre écrivains que je lirais encore et encore :

1. Marguerite Duras bien sûr…

2. Milan Kundera, bien que j’avais été déçu par les extraits de L’ignorance que Le Monde diplomatique avait publié, il reste un auteur de génie.

3. George Steiner, je n’ai jamais vu chez quelqu’un d’autre une telle capacité à faire exposer aussi simplement des idées aussi puissantes et une culture aussi vaste.

4. John Fante. Curieusement je ne m’en lasse pas…

Quatre écrivains que je ne lirais plus :

1. Régine Deforges il ne faut pas pousser, je n’ai plus 12 ans

2. Max Gallo. Je n’aime pas ses livres qui sont indissociables du personnage. Sa biographie de Jaurès (Le grand Jaurès) représente pour moi la même démarche de récupération que celle opérée par NS. On dit partout que les historiens n’aiment pas Max Gallo…c’est vrai !

3. Michel Houellebecq. Après avoir lu Plateforme je me suis demandé si le style exécrable faisait partie de la provocation. Puis je me suis dit que c’était de la provocation sans style. Maintenant je pense qu’il ne s’agit ni de style ni de provocation…

4. Philippe Delerm, je crois que ça m’ennuie encore plus que les chansons de son fils. Je préfère boire La première gorgée de bière que la lire


Quatre livres à emporter sur une île déserte :

1. Les mémoires d’outre tombe de François René de Chateaubriand, on ne sait jamais et en plus il y en a pour un bout de temps.

2. Belle du seigneur d’Albert Cohen, pour des raisons similaires que le précédent, même si je l’ai déjà lu et qu’il s’agit d’un de mes livres cultes.

3. Le Livre d’un homme seul de Gao Xingjian, parce que ce serait de circonstance.

4. Surveiller et punir Michel Foucault, pour la pénitence. On ne se retrouve pas sur une île déserte par hasard…

Quatre livres sur ma pile :

1. Les récits d’Odessa d’Isaac Babel, je n’ai toujours pas réussit à rentrer dedans.

2. Ulysse de James Joyce, j’ai eu l’outrecuidance d’affirmer que je le lirais dans l’ancienne traduction…

3. Message de Fernando Pessoa. Depuis que j’ai vu sa tombe et que j’ai entendu de ses poèmes mis en musique par le Fado, j’ai envie de lire la seule œuvre qu’il aît publiée en portugais de son vivant.

4. Le marteau sans maître de René Char, ça se feuillette, ça s’épluche, ça se partage, et ça se lit peu à peu, ça se regarde et ça s'écoute


Joan Miro, Le marteau sans maître

Si ça les tente, j'invite Sad Old Punk, puisque ça le fera sortir de son mutisme, Toxicavengeresse, parce que je suis curieux, et Lidell, parce qu'elle parle très bien de livres, à répondre à ce questionnaire