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13 mars 2010

Ma môme

Une matinée du mois de Juin à deux sur un scooter sur le boulevard des maréchaux désert. Arpenter le pavé parisien avec un ami. On trouve toujours des trésors dans les premières heures des brocantes de la capitale. J'avais trouvé ce vinyle à un euro. Et puis R. de sa sagesse m'avait dit que c'était un bel album, pour Le bruit des bottes surtout.

Quelques années auparavant à la fête de l'huma, je l'avais croisé au stand des Amis de l'humanité. Il n'avait pas chanté. Il avait juste évoqué son parcours de Tenenbaum à l'Ardèche. Un moment émouvant qui avait été guidé par un autre quelques jours avant.

Dans cette petite librairie de la rue de Tolbiac j'étais entré pour acheter le numéro 'spécial fête' de l'Humanité avec lequel était vendue la place. Le petit monsieur au chandail et aux charentaises qui d'un air bougon sortait de l'arrière boutique avait retrouvé le sourire en me vendant le journal. « Il paraît qu'il y a Jean Ferrat cette année. Je regrette d'être trop vieux pour y aller, vous avez de la chance... »
Alors j'étais allé le voir.

Peut être un peu pour lui aussi.

En souvenir de Boris,

Pour avoir rêvé au printemps,

En groupe en ligue en procession,

Pour le sourire triste et beau d'Anna Karina à Créteil...



Au moment du Bilan on se révolte encore, on espère et on souffre. Mais on se bat. La voix monte et ne retombe pas, le combat jusqu'au bout. Le compagnon de route continue de défendre les valeurs, celles que l'on veut pour la France. Et puis chanter pour porter la colère, et non pour passer le temps...

« Il se peut que je vous déplaise

En peignant la réalité

Mais si j'en prends trop à mon aise

Je n'ai pas à m'en excuser... »




Tu nous manqueras Camarade....

25 janvier 2010

(Ré)écouter Gainsbarre

« Tu sais, je ne suis pas autant dans la fascination de Gainsbourg que toi » m'a-t-on dit quand j'ai proposé d'aller voir Gainsbourg, vie héroïque.

Je suis probablement dans la fascination. Mais ma fascination va au delà du 'personnage', elle prend en compte l'œuvre, et une œuvre ne se lit que dans son intégralité contrairement au(x) personnage(s).

L'annonce de la mort de Gainsbourg en mars 1991 signifiait pour moi la disparition de ce personnage un peu effrayant et au regard triste des plateaux télés. Je n'avais pas encore compris ses 'provocations' et le fumeur intempestif de Gitanes qu'il était ne me choquait pas outre mesure. Aussi curieux que cela puisse paraître aujourd'hui, les fumeurs et la fumée faisaient encore partie de l'environnement quotidien.

Dix ans après sa mort, on essayait d'oublier le personnage provoquant, les journaux faisaient son éloge, sous le titre «réécouter Gainsbourg, point barre. »

Il fallait oublier Gainsbarre le personnage répugnant, qui suintait jusque dans l'œuvre, dans la mise en scène de l'œuvre.

« Et ouais c'est moi Gainsbarre
On me trouve au hasard
Des night-clubs et des bars
Américains c'est bonnard »

'Ecce Homo' – Mauvaises nouvelles des étoiles, 1981



....

« Gainsbourg c'est un truc qu'on a à se raconter »

(Joann Sfar)

On se le raconte chacun à notre manière. On se raconte les souvenirs de ses chansons, ces moments partagés, l'érotisme et le rythme, la sensualité et les mots.

Joann Sfar ne dépossède pas Gainsbourg de son personnage, de ses personnages – malgré la mise en scène de ce double qu'il finit par intégrer. Il se raconte Gainsbourg, par la Judéité et par la tête de chou.

Il laisse Gainsbourg se raconter lui-même, jusqu'à la mise en abyme quand Gainsbourg se raconte en Gainsbarre. Et c'est alors Gainsbourg qui se dépossède de lui-même. Il se vide pour se protéger, pour ne plus intervenir sur sa vie, pour la laisser aux autres. Pour prouver que l'image ne vaut rien pour elle-même, comme le montre ce court passage du film lorsque quelqu'un se met à le grimer devant lui dans un bar en lui disant qu'il l'a vu « aux guignols » sans provoquer la moindre réaction.

Le personnage se confond avec la caricature de sa caricature, il n'existe plus.

Serge Gainsbourg chez lui en 1984 (P. Duval)

Et puis on oublie ce qui n'est pas une provocation pour en revenir à l'essentiel.

Et on réécoute la musique.


J'vous laisse, j'ai un paquet d'Gitanes à finir pour oublier un peu Mélody...

[Soundtrack]

26 avril 2009

Aprile


La douceur du soleil chauffe la terrasse face à Santa Maria in Trastevere, une sieste sur une pelouse aux épines tenaces, un pic-nique dans le parc de la villa Borghese. « Dans le vieux parc solitaire et glacé, deux spectres ont évoqué [un peu] le passé » mais surtout l’avenir, trop tard pour être une star du rock.

La dolce Roma et ses cafés qui se boivent en paix. La paix intérieure peut être, l’oubli de soi dans le farniente. La fontaine de Trevi qui ne s’apprécie que la nuit.

La beauté de l’art dans la Ville éternelle grâce à la finesse des traits de Proserpine qui malgré elle se laisse poser la main sur la hanche alors que son âme semble fuir. Le geste reste magnifique dans cet instant d’éternité.

« Rome est une espèce d’émulation,

construite sur la misère de l’art » *

Aprile dans la profusion napolitaine, dans cette conception particulière de la loi passé le Sud de l’Italie. Le voyage en Italie et Pompéi, la baie de Naples et son coucher de soleil, l’influence espagnole et Santa Chiara qui accompagne les déambulations des chatons aperçus au coin de la piazza Bellini…


Aprile à la recherche de soi, dans l’introspection mise en scène dans la comédie à l’italienne.

Aprile dans la dénonciation de Berlusconi et dans la révolte face au monde.

Aprile sur le temps qui passe et dans les étapes de la vie...

[Soundtrack]


* Je remercie la personne qui a prononcé cette phrase

15 avril 2009

Il mio viaggio in Italia


Le corps d'un partisan assassiné s'éloigne au fil de l'eau, le prêtre meurt fusillé par les allemands, le volcan gronde devant Ingrid Bergman. Martin Scorsese raconte Son Voyage en Italie, il se souvient de sa famille, il évoque son père, il explique comment il a découvert le cinéma italien qui l’a influencé. Le cinéma des maîtres qu’il défend, principalement celui de Roberto Rossellini, Luchino Visconti, Vittorio de Sica et Federico Fellini, est mis sur le piédestal de sa contemplation, au Panthéon du cinéma italien qui ne dépasse pas les années 1960.

Chacun son Voyage en Italie. Pour moi, il est lié au cinéma italien et à la puissance évocatrice de ces films. A ces acteurs qui rappellent les cinéastes et les lieux, de Rome à Ferrare, du Trastevere au Tibre. Une manière une et multiple de filmer la Ville, du farniente romain de Marcello Mastroianni chez Federico Fellini, de la méchanceté de Nino Manfredi dans les bidonvilles chez Ettore Scola. Un enfant qui pleure aux abords du stade et qui ne comprend pas le geste désespéré de son père.

Nous nous sommes tant aimés dans cette évocation du cinéma Italien, du Noir&Blanc à la couleur, de Vittorio Gassman piazza del Popolo dans la tromperie des retrouvailles après 25 ans. De ce passé mis en scène et mythifié dans une plaisanterie assumée.

Roma est une città aperta

15 mars 2009

Je t'ai manqué

Noël 1998. C’était il y a 10 ans, l’année de la sortie de Fantaisie Militaire que l’on s’était empressé de m’offrir. Ce visage moqueur au milieu du vert des lentilles d’eau. Quelque chose d’inquiétant et de rassurant, de beau.

Et puis l’Imprudence quelques noëls plus tard, cet album sombre mais magnifique, celui des films en noir et blanc, celui de la figure intrigante, seule avec son grand manteau.



J'ai du rêver trop fort

Pour ne pas connaître la crise

Je n’ai jamais vu le Vercors

Et je t’ai un peu haï tant de nuits

Pourtant le bleu du pétrole n’est pas une souffrance. Il m’a accompagné comme un retour à l’enfance, entre avril et septembre l’année dernière, et est devenu un peu plus difficile à écouter après le concert de la fête de l’huma. Le visage creusé, une tristesse, celle des mots et celle de voir, de ressentir. Le bleu du pétrole reste sur une frustration, mais il a été là et il continue à être, bien que tu aies eu envie de dire « Yé n'en pé plou. »

« Je serai toujours cet étranger
Au regard sombre
Un rebel dans vos villes de contraste »